Nicolas

Nicolas

D'où viens-tu ?

La lune est mon repaire. J'y passais le plus clair de mon temps quand j'étais enfant.

Je disparaissais dans ma tête, les images et les sons étaient vifs. Je ne voyais pas passer le temps, mais surtout... j'oubliais que j'étais parti. Si bien qu'en revenant, le monde avait filé sans moi.

J'ai nourri ce petit monde intérieur de créations : poèmes, compositions musicales, dessin, chant, etc.

Mais ce n'est que le début du chemin. Vers les années 2000, je découvre le théâtre, je rencontre Armelle et on intègre ensemble Impropub. Puis des années de réflexions et d'expérimentations plus tard, c'est la rupture : Impropub tombe. Avec Armelle, on relève Impropub... pour finalement l'euthanasier le 12/12/12 : Tête au cube est enfin né !

Pourquoi Tête au Cube ?

A travers Tête au cube, je peux nourrir tous mes appétits créatifs. Tout est sujet à création : l'esthétique scénique, la sensibilité émotionnelle, l'évolution du scénario, la mise en scène, etc.

Et j'aime créer sur l'instant. Pour reprendre l'expression de Jean-François Vézina, j'aime "danser avec le chaos". A la fois je peux agir sur la création, à la fois je ne contrôle rien vraiment. Cette expérience de création et d'adaptation est passionnante.

Sans texte, pendant 1 h, pas de craintes ?

Le passage du temps n'est plus le même avec ce mode de création. J'ai une conscience aigüe du temps, et pourtant, il semble ne plus exister pendant que je crée.

Donc je n'ai pas de craintes, je suis dans mon élément, je pourrais bien créer ainsi pendant 3 heures.

Un instant à partager ?

« Je vois des gens parler : "c'est pas là", "non c'est pas là", "on a dû se tromper d'endroit". Je prends la parole pour dire que je suis ici, mais personne ne peut m'entendre. L'essence même du cauchemar.

Je veux entrer en contact, je veux leur parler mais personne ne peut m'entendre. Je me sens seul, définitivement seul. La musique mélancolique vient appuyer cette solitude.

Les paroles reprennent de plus belle "mais on aurait dû tourner à gauche", "mais on ne va pas attendre ici, c'est pas là". Je m'effondre de désespoir, par terre, seul devant tous ces gens. Puis je me reprends et crie plus fort : "mais je suis là !". Aucune réaction. Ils finissent par partir. Et je suis là effondré, seul au monde. »

C'est un court extrait du spectacle Seul au monde. J'y trouve de belles choses : la mélancolie, cette impression d'étrange, l'esthétique musicale et scénique qui tourne au cauchemar.

Une question que tu aimerais te poser pour finir cette interview (et la réponse) ?

As-tu vraiment l'impression d'avoir tout dit ?

C'est vrai, je pourrais parler du sujet pendant des heures, partager de nombreuses anecdotes, en dire long sur toute l'histoire de Tête au cube, ainsi que ce qui me passionne. J'aurais pu développer beaucoup plus.

Mais à l'image d'un spectacle, il est un temps pour tout, y compris celui de finir : un comédien prononce sa dernière phrase, la lumière s'éteint, la musique s'interrompt, FIN.

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